L'inflation est la hausse générale et durable des prix. Elle est discrète : votre solde bancaire reste identique, mais il achète un peu moins chaque année. C'est le risque le plus sous-estimé des épargnants, précisément parce qu'il ne se voit pas sur un relevé de compte.
Comment l'inflation ronge l'épargne
Si les prix augmentent de 3 % par an, il faut 3 % de revenu supplémentaire rien que pour acheter la même chose. Un capital placé sur un support qui rapporte moins que l'inflation s'appauvrit en termes réels, même si son montant affiché progresse. Ce qui compte n'est pas le chiffre sur l'écran, mais ce que vous pourrez en acheter. L'effet est cumulatif, comme celui des intérêts composés mais à l'envers. Une inflation modérée qui paraît anodine sur une année devient considérable sur 20 ou 30 ans, l'horizon d'une retraite ou d'un projet immobilier.
Illustration chiffrée (fictive)
Vous épargnez 10 000 € sur un support qui rapporte 2 % par an, alors que l'inflation est de 3 %. Au bout d'un an, vous avez 10 200 €. Mais ce qui coûtait 10 000 € en coûte désormais environ 10 300 €. Votre rendement réel est d'environ −1 % : vous pouvez acheter moins qu'avant. Sur 20 ans, ce décalage retire près de 18 % de votre pouvoir d'achat. Ces chiffres sont illustratifs, ils varient selon les périodes.
Quels actifs protègent, et lesquels non
Aucun actif ne protège de l'inflation à tout coup, mais certaines familles résistent mieux sur la durée. Les actions d'entreprises capables de répercuter la hausse des coûts dans leurs prix ont historiquement préservé le pouvoir d'achat sur le long terme. L'immobilier locatif et certaines obligations dont les intérêts suivent l'inflation relèvent de la même logique. À l'inverse, les liquidités et les obligations à taux fixe sont les plus exposées. Cela ne signifie pas qu'il faut tout investir en actions. Une réserve de précaution en liquidités reste indispensable pour les imprévus : l'érosion est le prix de la tranquillité, et il est raisonnable de le payer sur cette partie seulement.
- Liquidités : sûres en nominal, mais exposées à l'érosion monétaire.
- Obligations à taux fixe : le coupon ne s'ajuste pas, la valeur baisse quand l'inflation et les taux montent.
- Actions : un potentiel de protection à long terme, au prix d'une forte volatilité.
- Actifs réels (immobilier, matières premières) : une couverture partielle, avec leurs propres risques.
Deux risques à arbitrer
Le risque de marché (voir son capital fluctuer) et le risque d'érosion (voir sa valeur fondre sans bruit) sont deux faces d'un même arbitrage. Ne choisir que le premier revient souvent à subir le second.
À retenir
- ✓Le rendement qui compte est le rendement réel, après inflation.
- ✓Un capital immobile perd du pouvoir d'achat de manière lente et cumulative.
- ✓Gardez des liquidités pour les imprévus, et réfléchissez à la part de votre épargne exposée à l'érosion sur le long terme.