Comment calculer la performance de son portefeuille (et pourquoi celle de votre courtier est trompeuse)
Presque tous les investisseurs regardent le même chiffre : le pourcentage vert ou rouge affiché par leur courtier. Or ce chiffre ne mesure pas la qualité de leur gestion. Il mélange deux choses qui n'ont rien à voir : les décisions d'investissement, et le simple fait d'avoir versé de l'argent au bon ou au mauvais moment. Résultat, des investisseurs se croient performants alors qu'ils font moins bien qu'un simple ETF monde, et d'autres se croient mauvais alors qu'ils battent leur indice. Chez Earnnest, c'est souvent le premier choc de l'onglet Performance : le portefeuille progresse de 14 %, mais l'indice de référence a fait 18 % sur la même période. Cet article explique comment calculer correctement la performance de son portefeuille, et à quoi la comparer.
Calculer la performance de son portefeuille : de quoi parle-t-on exactement ?
Il existe plusieurs façons de mesurer une performance, et elles ne répondent pas à la même question :
- La performance en euros répond à « combien ai-je gagné ? ». Utile, mais elle ne dit rien de la qualité des décisions : verser 50 000 € supplémentaires fait mécaniquement monter le gain en euros.
- La performance en pourcentage brut répond à « de combien mon capital a-t-il progressé ? ». C'est le chiffre du courtier, et c'est celui qui induit en erreur.
- La performance de gestion (TWR) répond à la seule question qui compte pour juger vos décisions : « mes choix ont-ils créé de la valeur, indépendamment de mes versements ? »
La distinction paraît technique. Elle est en réalité décisive : sans elle, il est impossible de savoir si votre stock-picking apporte quoi que ce soit.
Pourquoi le rendement affiché par votre courtier est trompeur
Le problème tient en un mot : les flux. Dès que vous versez ou retirez de l'argent, le pourcentage brut se déforme.
Imaginons que votre portefeuille de 10 000 € gagne 10 % sur le premier semestre, atteignant 11 000 €. Vous versez alors 40 000 € supplémentaires, portant le total à 51 000 €. Au second semestre, le marché baisse de 10 % : vous terminez à environ 45 900 €.
Vos décisions d'investissement ont fait +10 % puis −10 %, soit une performance de gestion quasiment neutre. Mais vos versements en euros affichent une perte importante, parce que le gros du capital est arrivé juste avant la baisse. Le pourcentage brut vous punit pour un mauvais timing de versement, pas pour de mauvais choix de titres.
C'est précisément ce que corrige le TWR (Time-Weighted Return, ou rendement pondéré par le temps) : il découpe la période à chaque flux et neutralise leur effet, pour ne mesurer que la performance des actifs détenus. C'est la méthode utilisée par les gérants professionnels, et la seule qui permette une comparaison honnête avec un indice.
À quoi comparer sa performance : le rôle de l'indice de référence
Une performance sans point de comparaison ne veut rien dire. +14 % sur un an est excellent si le marché a fait +5 %, et médiocre s'il a fait +22 %.
Le choix de l'indice de référence (le benchmark) doit refléter ce que vous auriez pu obtenir sans effort :
- Un portefeuille d'actions américaines se compare au S&P 500.
- Un portefeuille d'actions européennes se compare à l'Euro Stoxx 50 ou au CAC 40.
- Un portefeuille international diversifié se compare au MSCI World.
L'écart entre votre performance et celle de l'indice porte un nom : l'alpha. Un alpha positif signifie que vos décisions ont créé de la valeur au-delà de ce qu'un simple fonds indiciel aurait produit. Un alpha négatif signifie l'inverse, et c'est le cas d'une large majorité d'investisseurs, particuliers comme professionnels.
Exemple chiffré : le même portefeuille, deux verdicts opposés
Reprenons un portefeuille de 20 000 €, qui termine l'année à 23 000 € après un versement de 2 000 € en cours d'année.
Lecture naïve (celle du courtier) Le capital est passé de 20 000 € à 23 000 €, soit une progression apparente de 15 % (3 000 / 20 000).
Lecture correcte Sur ces 3 000 € d'augmentation, 2 000 € proviennent d'un versement, pas d'une performance. Le gain réellement produit par les actifs n'est donc que de 1 000 €, sur un capital moyen investi d'environ 21 000 € : la performance réelle avoisine 4,8 %, et non 15 %.
Si l'indice de référence a progressé de 9 % sur la même période, le verdict s'inverse complètement : ce portefeuille, qui semblait afficher une excellente année, a en réalité sous-performé son marché de plus de 4 points.
Ce calcul simplifie volontairement la méthode (un TWR rigoureux découpe la période à chaque flux) pour illustrer un mécanisme. L'ordre de grandeur, lui, est fidèle : ignorer les versements peut transformer une sous-performance en apparente réussite.
Les erreurs les plus fréquentes dans la mesure de performance
- Confondre gain en euros et performance. Le montant gagné dépend surtout de la taille du capital, pas de la qualité des décisions. Seul le pourcentage correctement calculé mesure la gestion.
- Ne pas se comparer à un indice. Sans benchmark, une performance positive paraît toujours satisfaisante. C'est la comparaison qui révèle si votre travail de sélection apporte réellement quelque chose, ou si un ETF passif aurait mieux fait, pour zéro effort.
- Oublier le risque pris. +20 % obtenus avec une volatilité extrême ne valent pas +12 % obtenus sereinement. Une performance ne se juge jamais sans son coût en risque : c'est tout l'objet du ratio de Sharpe et du drawdown maximal.
Conclusion
Calculer correctement la performance de son portefeuille suppose trois choses : neutraliser l'effet des versements, se comparer à un indice pertinent, et rapporter le résultat au risque pris. Le pourcentage affiché par votre courtier ne fait aucune de ces trois choses, il n'est pas faux, il répond simplement à une autre question. Les méthodes évoquées ici (TWR, alpha, comparaison à un benchmark) sont des pratiques courantes de la gestion professionnelle, et non des règles absolues : leur pertinence dépend de votre horizon et de la composition de votre portefeuille. Pour situer concrètement votre portefeuille, comparez-le à un indice de référence dans Earnnest : rendement, alpha et CAGR annualisé sont calculés face au S&P 500, au CAC 40, au MSCI World ou à l'Euro Stoxx 50, sur la période de votre choix.
Cet article a un objectif informatif et éducatif, il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.