Trop de lignes dans son PEA : la sur-diversification existe aussi
On parle beaucoup du portefeuille trop concentré, presque jamais de son symétrique : le portefeuille émietté en 35 lignes que son détenteur ne suit plus. La sur-diversification est pourtant un vrai sujet, pas parce qu'elle augmente le risque de perte, mais parce qu'elle dégrade le rapport entre l'effort fourni et ce qu'il rapporte. Cet article explique où passe la limite et comment la repérer chez soi.
Le rendement décroissant de la diversification
La réduction du risque spécifique par l'ajout de lignes suit une courbe qui s'aplatit vite : les premières lignes apportent l'essentiel, les suivantes de moins en moins. Passer de 3 à 8 lignes change réellement le profil de risque d'un portefeuille ; passer de 20 à 35 ne le change presque plus, les études classiques situent l'essentiel du bénéfice entre 10 et 20 valeurs correctement réparties (repères détaillés dans combien de lignes pour un PEA bien diversifié).
Au-delà, chaque ligne supplémentaire apporte un gain de diversification marginal… et des coûts bien réels.
Ce que coûte l'émiettement
Le suivi devient impossible. Détenir une entreprise, c'est au minimum savoir ce qu'elle fait, suivre ses résultats, comprendre pourquoi elle monte ou baisse. À 30 lignes, personne ne le fait sérieusement à temps partiel. Le portefeuille devient une collection, pas un ensemble de décisions.
Les frais se multiplient. Chaque ligne a été achetée (et sera un jour vendue) avec des frais d'ordre. À l'échelle d'un portefeuille de particulier, 30 lignes de petite taille génèrent un frottement cumulé sans gain de risque correspondant.
La performance converge vers l'indice : en moins bien. Un portefeuille de 35 grandes valeurs européennes se comporte à peu près comme un indice européen, mais avec les frais de transaction en plus et sans la simplicité d'un ETF. Si l'objectif est de répliquer le marché, un fonds indiciel le fait mieux et pour moins cher ; si l'objectif est de sélectionner, 35 lignes signifient que la sélection a cessé.
Les doublons cachés. L'émiettement produit souvent de fausses diversifications : cinq banques européennes, ce n'est pas cinq paris mais un seul, en cinq exemplaires. Le nombre de lignes monte, la diversification réelle stagne, c'est la concentration sectorielle qui le révèle (voir PEA trop concentré sur un secteur).
Les signaux de sur-diversification
Trois questions rapides suffisent en général à faire le diagnostic :
- Pouvez-vous dire, pour chaque ligne, pourquoi vous la détenez ? Les lignes sans réponse sont des reliquats, pas des positions.
- Des positions pèsent-elles moins de 2 % du portefeuille ? À ce poids, même un doublement du titre ne change presque rien à la performance globale, la ligne mobilise de l'attention pour un impact négligeable.
- Votre performance colle-t-elle à l'indice depuis des années ? Si oui, le portefeuille est peut-être devenu un index fund artisanal et coûteux.
L'équilibre, pas l'extrême
Le message n'est évidemment pas « concentrez-vous » : entre 2 lignes et 35, il existe une large zone raisonnable, propre à chacun. Le point commun des deux extrêmes (concentration et émiettement) est qu'ils sont rarement choisis : ils résultent d'achats accumulés sans vue d'ensemble. Cette vue d'ensemble se reconstruit en quelques secondes avec le score de diversification PEA : gratuit, sans compte, il pondère vos lignes par leurs montants et fait apparaître ce que le relevé ne montre pas.
Cet article a un objectif informatif et éducatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé : le « bon » nombre de lignes dépend de votre situation, de votre temps disponible et de vos objectifs.